Rien ne s’oppose à la nuit (D. De Vigan).

Une longue pause depuis la parution du dernier article et durant le mois de juillet en général. Mais comme expliqué dans mon précédent article, beaucoup de choses en même temps ces dernières semaines… Maintenant que je retrouve un mode de vie plus calme, je vais tenter de poster, comme avant, deux articles par semaine, le jeudi et dimanche 🙂

Venons en au vif du sujet ! J’avais très envie de découvrir ce roman car j’avais déjà lu « No et moi » du même auteur et j’avais adoré sa poésie. Et puis, ce titre (tiré de la chanson « Osez Joséphine » de Bashung) m’inspirait tandis que la photo de couverture m’intriguait… Cette femme très belle, cigarette à la main, avec un regard entre mélancolie et une certaine joie de vivre… Jugez par vous-même :

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Le speechDelphine de Vigan nous raconte l’histoire de sa mère. De son enfance à son décès, on suit les traces et surtout, les tragédies, de sa famille. En parallèle, l’auteur nous livre son travail de recherche, de persuasion, d’hésitation et d’écriture.

Ce que j’en ai pensé« Rien ne s’oppose à la nuit » est une tranche de vie comme je les aime : simple, efficace, poétique et tragique. La force de ce roman, c’est, comme expliqué plus haut, ce parallèle entre l’histoire d’une vie et la manière dont un enfant est autorisé à la raconter sans essayer de blesser qui que ce soit. J’admire le courage de Delphine de Vigan d’avoir pris ce risque. D’avoir fouillé dans les pénombres d’une famille si bouleversée et bouleversante, en prenant tous les risques, en posant des questions à ses oncles et tantes, des questions qu’on ne pose pas dans de telles circonstances. Je salue également son talent et son objectivité. Je pense que j’aurais été totalement incapable d’écrire sur ma mère d’une manière aussi neutre voire objective. D’écrire sur une vie si tragique, une vie qu’on a fatalement côtoyé.
Je trouve aussi que le fait de nous avoir livré ses démarches, ses pensées en parallèle avec l’histoire de sa mère donne encore plus d’impact et de force au livre.
Et comme dit dans l’introduction, sa poésie est, pour moi, toujours au rendez-vous. Elle sait utiliser des mots justes, simples et forts qui donnent des frissons aux lecteurs, qui leur font vivre l’action et surtout, l’espace temps.

Concernant « l’intrigue » en elle-même (les guillemets sont nécessaires puisqu’il s’agit tout de même d’une histoire vraie), je n’ai pu m’empêcher de penser tout au long de la lecture : waouh, pauvre famille, pauvre femme et pauvre destin. Je n’ai pas trop envie d’en dévoiler car j’aimerais que vous viviez le roman tel que je l’ai vécu, sans trop d’informations ou d’idées préconçues.

Mais si je peux vous donner un conseil, lisez le. Surtout si les tranches de vie, les vies tragiques, les jolies métaphores et l’amour familial vous parlent… Vous ne pourrez qu’en être satisfaits voire bouleversés !

Avez-vous lu ce roman ?

 

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Quand les ânes de la colline sont devenus barbus (John Henry).

Dur dur d’écrire un article sur quelqu’un que l’on côtoie au quotidien. John Henry n’est autre que mon collègue de travail. Etant belges tous les deux, cela nous fait déjà un gros point en commun et pas mal de choses à partager, parfois sur le lieu de travail, parfois autour d’une bière (portugaise, hélas…).

John Henry est avant tout un auteur.  Et lorsqu’il m’a dit qu’il avait écrit un roman, publié et tout et tout, je ne pouvais pas ne pas le lire. Peu importe le style, l’histoire ou la chute.

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Le Speech :  Jack vit à Kaboul avec ses sœurs et ses parents. En menant une double vie, il aide sa famille à subvenir à ses besoins en temps de guerre. Jusqu’au jour où la fuite devient sa seule option…
[Cette histoire est inspirée de faits réels]

Ce que j’en ai pensé : Il m’aura fallu un chapitre avant d’accrocher et de comprendre l’ampleur de cette histoire vraie. Ce roman m’a appris énormément de choses et je trouve qu’il est de plus en plus rare qu’un roman arrive à la fois à nous divertir et à nous faire prendre conscience de ce qu’il se passe dans certains pays.

J’étais un peu craintive, je l’avoue, avant de me plonger dans le bouquin. Peut-être parce que je connais l’auteur et que donc, j’avais peur de ne pas aimer le livre, de ne pas comprendre l’objectif de John, de ne pas m’immerger dans son Monde.
Mais, je l’avoue, j’ai été agréablement surprise par son style.

La poésie de son écriture rend la trame beaucoup moins dramatique. Les quelques touches d’humour ne sont pas négligeables et j’ai beaucoup aimé la construction du roman, rempli de flash back et d’allers retours entre Kaboul et Bruxelles.

Il est difficile de parler du contenu du livre sans trop en dévoiler. Le roman est assez court et l’air de rien, il s’y passe énormément de choses. Je préfère ne pas gâcher le plaisir et le suspens des futurs lecteurs (parce que j’espère qu’il y en aura encore plein !)

Alors John, si tu me lis, félicitations. Surtout, continue d’écrire de jolis mots. D’ajouter de la poésie et de la tendresse dans tes histoires et dans nos vies. Et surtout, vivement le deuxième !

Pour commander le livre de John Henry, rendez-vous sur :

La part de l’autre (E.E Schmitt).

Il m’aura fallu du temps pour trouver une manière d’expliquer ce que ce livre m’a apporté. D’autant plus que, 70 ans après, le sujet reste tabou.
Eric-Emmanuel Schmitt est sans aucun doute mon auteur préféré depuis ma jeune adolescence. J’aime son habilité à changer de style, à offrir des livres pour adolescents et adultes. J’aime son style, sa poésie, sa philosophie.
Vers 13-14 ans, j’avais déjà tenté de m’atteler à « La part de l’autre », mais je me suis vite rendue compte que j’étais peut-être un peu trop jeune pour ce genre d’ouvrage.
En fouillant dans la bibliothèque de ma mère, je l’ai retrouvé et me suis plongée dedans…

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Le speech : Et si Hitler avait réussi son examen d’entrée à l’Académie des Beaux-Art de Vienne ? Y aurait-il eu une seconde guerre mondiale ? Le Monde serait-il ce qu’il est aujourd’hui ?
Schmitt nous parle d’Hitler et de la part de l’autre, Adolf, peintre aimé et aimant…

Ce que j’en ai pensé : Ce livre est une bombe au visage. L’un de ceux qu’on ne retrouvera pas deux fois dans une bonne librairie. Il nous apprend à réfléchir, à nous poser les bonnes questions et, aussi surprenant que cela puisse paraitre, à être empathique.
D’un côté, nous avons Hitler et son parcours depuis son refus à l’Académie de Vienne. L’histoire est romancée mais les faits sont bien réels. Comment un homme, à priori normal, devient-il antisémite du jour au lendemain et décide de détruire une Race entière ? Comment un être aussi intelligent peut se faire prendre au piège de la folie pure ?
En s’appuyant sur les faits marquants de sa vie et de la période où il est monté au pouvoir, Schmitt nous montre sa descente aux enfers et, on en pleurerait presque. Toute la psychologie d’Hitler est résumée dans ce livre et franchement, c’est effrayant et peinant à la fois (en prenant le recul nécessaire, bien évidemment).

De l’autre côté, nous avons Adolf, élève studieux mais mal dans sa peau. Sa carrière, la guerre des tranchées, ses histoires d’amour et ses premiers émois sexuels. On découvre ce qu’Hitler aurait pu (ou pire, aurait dû) être. On découvre un être rempli de tendresse, d’amour pour son prochain et de talent. Quelqu’un d’extrêmement intelligent qui se refusera à haïr la France et les Juifs, même après avoir perdu son meilleur ami au combat…

Je le disais au début de cet article, ce livre est une baffe, un ouragan. On se susprend à comprendre le pire personnage que l’Humanité ait eu à connaitre. On se surprend à rire avec ce monstre, à partager ses peines. En bref, Eric-Emmanuel Schmitt arrive à donner une humanité à Adolf Hitler. Le livre porte bien son nom ; « La part de l’autre ». Parce que oui, nous en avons tous une et c’est ça que Schmitt essaye de nous faire comprendre, sans pour autant rentrer dans une spirale manichéenne, celle du bon et du méchant. Ce bouquin est bien plus philosophique et introspectif que cela…

Pour finir, le prologue est la cerise sur le gâteau. Je n’en parlerai pas plus parce que c’est cette partie du livre en particulier qui m’a donné des frissons mais quand on comprend tout le cheminement, la construction de ce livre faite par l’auteur, on a du mal à refermer le roman…